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L’inépuisable Projet Loup des steppes

À l’occasion de la reprise pour deux dates du spectacle Projet Loup des steppes au Tu-Nantes, j’ai retrouvé toute son équipe, avec qui j’avais initié ma pratique du suivi de création. C’est avec joie que je retrouve ce lundi 3 Avril, Tanguy, Coline, Alice et Kevin. Il y a quelque chose d’étrange d’assister à une répétition d’un projet qui s’est concrétisé en Novembre dernier. Tout le monde doit redonner maintenant la même belle énergie déployée lors des représentations. Ce n’est pas ici reprendre tout à zéro mais remettre le pied dans chacun des personnages et des enjeux du spectacle.

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Le plaisir que j’ai eu de les revoir reprendre le filage était surtout dans au fait qu’ils étaient dans le plateau 2 du Tu-Nantes et non dans la grande salle. Il n’y avait donc pas toute la scénographie du spectacle. Je m’aperçois ainsi qu’elle influe beaucoup sur le jeu des comédiens. Je m’amusais cependant à combler cette absence de scénographie avec les souvenirs du spectacle final. Surtout au moment des monologues, où celle-ci intensifie ce qui est dit. D’ailleurs, je reprends conscience que pour tous les comédiens, le spectacle de Tanguy Malik Bordage, est assez exigeant. Il y a une très grande énergie à produire tel un sportif lors d’une compétition.

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Tandis qu’ils rejouent et reprennent les différents rôles de Projet Loup des steppes, je revis le temps d’une répétition tout ce qui m’a amené à écrire sur ce blog. Cette pièce, j’en suis très familier et je me mets parfois à en murmurer certaines répliques. C’est la première fois que je suis aussi proche d’une création théâtrale. Grâce au travail de Tanguy et de son équipe, cela m’a donné et me redonne l’énergie pour continuer ce travail d’écriture sur l’art vivant. J’irai voir jeudi soir la représentation et je trouverai à nouveau de quoi réfléchir sur cette création, tant elle me semble inépuisable.

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Reprise de Projet Loup des steppes le Jeudi 6 Avril à 20h30 et le Vendredi 7 Avril à 14h30 au Tu-Nantes

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Répétition Projet Loup des steppes, mercredi 2 Novembre.

C’est la dernière fois que je viens assister à une répétition du Projet Loup des steppes. Un petit sentiment de désarroi s’empare de moi puisque en rentrant dans la salle je réalise que l’équipe effectue encore un filage intégral de la pièce. Désarroi puisque la dernière fois, lors du premier filage intégral, je m’étais dit vouloir conserver l’émotion ressentie. C’est une réaction un peu stupide sur laquelle Tanguy et les autres comédiens ne se privent pas de me charrier. Comme si je m’imposais de ne pas profiter totalement de ce qui m’est permis par Les amplificateurs. Je me justifie en affirmant ce que je suis avant tout : un spectateur. Ainsi, lundi, je n’aurais pas le même regard que les autres spectateurs, je serais ni un journaliste, ni un membre de l’équipe ou du théâtre, mais un spectateur ayant eu la possibilité d’être également un témoin des temps de création

Cela dit, je me permets d’en voir un peu plus durant ce filage. J’ai pu voir les vidéos projetées, travail mené par Pierre Bouglé, qui apportent une autre dimension au spectacle, donnant une impulsion à l’esthétique de la scénographie. Je suis à nouveau saisi par l’émotion quand la grande séquence du théâtre magique débute. Un choc visuel jubilatoire. Tanguy voulait créer des images fortes et il réussit. Ainsi, je quitte la salle pour garder cet emballement pour le jour J.

De retour dans la salle, je sens que la fatigue et l’échéance de la première produisent une tension pour tous. Durant une interview de Fragil.org, Tanguy est interrogé sur son travail. Je retrouve toute l’ambition qu’il met dans cette première création. Il dit aussi ne pas avoir de méthode pour la mise en scène et n’en aura peut-être jamais. C’est ce mélange d’un théâtre aux images fortes et de liberté qui fait la particularité de la proposition de Tanguy Malik Bordage.

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Tanguy Malik Bordage, en lecture aux Bien-aimés.

Le soir, comme pour prolonger ce dernier moment avec l’équipe, j’assiste à la lecture organisé par le Tu Nantes à la librairie les bien-aimés. Ces lectures depuis un an sont organisés en amont des spectacles proposés dans la programmation du théâtre. J’y suis allé souvent et les ai toujours beaucoup appréciées. Ici Tanguy, Kevin et Coline vont lire le début du spectacle. Un aperçu à la fois de la langue de Hermann Hesse, de la réécriture qu’en a fait Tanguy et de l’esprit du spectacle. Ce qui a était décidé un peu au dernier moment (de l’aveu même de Tanguy), fut pourtant un beau moment, drôle et profond, à l’image de Projet Loup des steppes. Kevin me confie avoir pris beaucoup de plaisir, étant plus concentré sur le texte, plutôt que dans l’échange avec l’autre comédien qu’impose le travail au plateau. C’est avec un peu d’émotion que je quitte l’équipe de ce beau projet théâtral. Maintenant, je redeviens spectateur et laisse Tanguy, Coline, Alice et Pierre sur scène à façonner leurs mouvements éphémères.

Projet Loup des steppes sera joué du 7 au 10 Novembre, réservation au la billetterie du Tu Nantes au 02 40 14 55 14.

Répétition Projet Loup des steppes, mercredi 26 Octobre

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Kevin Laplaige et Coline Barraud

J’arrive le bon jour pour assister à la répétition. Tanguy décide de faire un filage entier de la pièce. Je vais pouvoir me rendre compte de l’avancement du projet. Je ne vais pas être déçu, ça va même questionner ma position de témoin. Quand je rentre dans la salle du TU Nantes, la musique est à fond, ça danse sur le plateau, ça joue de la batterie. Comme si toute l’équipe avait besoin d’un exutoire pour attaquer ce qui va être le premier filage intégral de Projet Loup des steppes. À noter, que Tanguy sur scène se fait remplacer par Simon Garraud, jeune comédien en année d’envol au conservatoire de Nantes. Tanguy se met ainsi dans le rôle du metteur en scène assisté par Loig Seignoux.

Bien que je connaisse déjà la forme et le fond de Projet Loup des steppes, je me laisse envahir par une émotion forte, face à une vision plus en plus proche de ce que sera le spectacle le lundi 7 Novembre, soir de la première. Cette émotion ne me quitte pas, à la fois physique et intellectuelle. Durant la scène de la rencontre avec Maria, une envie se fait ressentir : garder cette émotion pour le soir de la première. Je quitte discrètement la salle pour aller attendre la fin du filage.Que cette envie de quitter la salle soit arrivée au moment où Alice Tremblay fait son premier monologue n’est pas sans révéler la force du travail accompli. Pour Alice, il s’agit de son premier rôle parlé. Cette fragilité a été au fur et à mesure des semaines, transformée en force. On va sans doute me trouver trop sensible, mais cette transformation me touche sincèrement.

En attendant la fin du filage, je réfléchis à l’effort de Tanguy. Le metteur en scène va revêtir le rôle du loup des steppes, celui aussi de Hermann Hesse. Il se glisse dans la peau de l’écrivain allemand pour s’en approprier les propos, actualise le message délivré dans le livre. Plus qu’une adaptation personnelle et sincère du loup des steppes, Tanguy Malik Bordage donne vie à une pensée née il y a 90 ans.

De retour dans la salle, l’équipe se met à débriefer. Volontairement, je suis légèrement éloigné d’eux.  Je gravite en périphérie de ce travail, n’empêchant pas de ressentir une émotion identique à celle d’un créateur observant son travail se mettre en mouvement, bien que je ne sois que témoin.

Répétitions Projet Loup des steppes (suite)

Le 30 septembre dernier, quand j’arrive au studio saint Georges, pour assister à la répétition de Projet Loup des steppes, il règne une toute autre ambiance que la dernière fois. Il n’y a que Tanguy, Coline et Kevin. C’est beaucoup plus calme. Ils travaillent notamment des tableaux que j’avais déjà vus à la sortie de résidence, à la fabrique Bellevue-Chantenay. Des éléments de la scénographie se précisent. Par exemple, pour la scène de la rencontre entre Harry Hailer et Hermine, un bar de 8 mètres de long est installé sur la scène. Tanguy Malik Bordage a eu cette idée en pensant aux tableaux d’Edward Hopper. Dans le livre, on perçoit une intimité s’installant entre les deux personnages. On les imagine proche physiquement l’un de l’autre. Mais dans la version proposée par Tanguy, les deux personnages sont éloignés de quelques mètres, occupant l’intégralité du plateau. « C’est pas comme au cinéma » me dit Tanguy, pas besoin de faire de gros plan pour insuffler une atmosphère intime. Je me rends compte de l’ambition de Projet Loup des steppes. Le metteur en scène veut des images fortes, impressionnantes.

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Le jeudi 6 Octobre, je retrouve toute l’équipe et Pierre Bouglé, régisseur, qui sera également sur scène lors des représentations. Je vois ce projet prendre une forme plus complète. Le projet prend de l’ampleur. Techniquement, des effets de lumières et de sons sont utilisés pour cette répétition. Les ambitions de Tanguy sont à flux tendus, sur le fil. Il veut que ça soit éblouissant ou rien. Pour une première création, c’est une prise de risque dont tout le monde semblent conscient. En fin de journée, l’équipe se met à faire un filage d’un grand segment de la pièce. Je peux enfin voir où tout cela va mener. Il y a un mélange entre la représentation de l’absurde et les réflexions amères de Harry Hailer, ce loup des steppes, qui va se retrouver dans une danse délirante. L’aboutissement étant le théâtre magique, ce lieu qui est comme un écho à la conception du théâtre que Tanguy Malik Bordage semblent avoir. Une sensation persiste en moi, je suis extérieur à la création, juste présent pour m’apercevoir du travail mené, de l’impulsion qui fera mouvement. Je suis impatient de voir le résultat final, moins dans l’attente du ressenti des autres spectateurs que du mien.

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Depuis, j’ai pu revoir une répétition au TU où l’équipe est maintenant lancé dans la dernière ligne droite. Moins disponible,  je fus  tout de même impressionné par le déploiement de la scénographie, montrant la salle de spectacle comme peu ose la montrer.

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Répétition Projet Loup des steppes, lundi 15 Septembre

Par le biais du théâtre universitaire de Nantes, avec Les amplificateurs, je peux durant cette saison, suivre deux créations théâtrale sur le long terme.

Notamment la première mise en scène du comédien Tanguy Malik Bordage que j’avais pu voir pour la première fois dans Le neveu de Rameau proposée par Hervé Guilloteau la saison dernière, et dont j’avais dis tout le bien que j’en pensais sur addict-culture.com. Dans ses premiers pas dans la mise en scène, Tanguy a convié deux autres comédiens que l’on retrouvait également dans Le neveu de Rameau, Coline Barraud et Kevin Laplaige. Pour sa première mise en scène, le comédien s’attaque à un monument de la littérature, Le loup des steppes de Hermann Hesse. Il faut avouer que je ne l’avais pas lu et même que je ne connaissais pas ce livre avant la sortie de résidence à la fabrique Chantennay de Projet loup des steppes en janvier dernier.

Quand on m’a proposé le projet des Amplificateurs, j’ai tout de suite voulu suivre cette création. J’ai donc lu le livre et l’ai beaucoup aimé.Après avoir rencontré Tanguy Malik Bordage, j’ai compris que cette première création était un projet très sincère, partant d’un véritable coup de cœur de sa part. On sent, quand il en parle,  que ce qu’a écrit Hermann Hesse il y a environ 90 ans, le touche profondément.

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Le jeudi 15 septembre, je suis donc aller voir Tanguy et son équipe au studio saint George. Drôle d’expérience que d’assister à cet instant de création, de réflexion. Ce jour-là, il semble régner un esprit de liberté. On cherche, on concrétise par le jeu au double sens du terme. On rit également. En plus des comédiens cités, Tanguy a demandé à Alice Tremblay, danseuse, d’interpréter l’un des personnages, Maria.

En plein milieu des répétitions, l’équipe s’engage dans le tournage d’un clip où le metteur en scène présente Alice à une programmatrice. Le résultat se retrouve dans une vidéo, dont le résultat reste étonnamment sage comparé à l’esprit qui régnait lors de ce moment. Au milieu de ces éclats de rire, ce fut comme une récréation pour toute l’équipe. Puis de retour au travail, ils continuaient à travailler, à repenser ce Projet loup des steppes.

TEASER ALICE from Projet Loup des Steppes on Vimeo.

Moi de mon côté, je m’interrogeais sur ma place parmi eux. Quelle est ma place parmi ces personnes qui réfléchissent, mettent en action. Moi je ne crée que par ce que je vois, ce que je ressens. Je ne suis pas là pour le même objectif, je suis un simple témoin. Quand j’ai demandé à Tanguy si ma présence ne gênait pas, il m’a répondu qu’au contraire, cela permettait un regard extérieur sur le rythme du travail.

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Il y eut aussi cette joie de voir se mettre en vie les passages du livre de Hermann Hesse. Notamment ce théâtre magique (je n’en dis pas plus, il faut lire le livre). Le projet de Tanguy Malik Bordage n’est pas à proprement parler une adaptation. Il s’inspire largement du livre mais n’en reprend pas l’intégralité de l’histoire du Loup des steppes. Finalement, pour être fidèle à Hermann Hesse, il faut être dans la sincérité et être ainsi infidèle au livre. « Hermann Hesse, ce qu’il voulait en premier, c’est la sincérité » me dit Tanguy.

à suivre…