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Interview de Clément Pascaud

J’ai pu interviewer Clément Pascaud au TUNantes pour parler de son parcours, de ce qui l’a amené à proposer une mise en scène de la pièce de Jean Luc Lagarce, Juste la fin du monde.

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Clément Pascaud ©Jérôme Blin

 

À écouter ci dessous, ou par ici.

Juste la fin du monde se joue au Théâtre universitaire de Nantes du 01 Février au samedi 4 Février 2017.

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Juste la fin du monde, une confiance au théâtre (2)

Samedi dernier j’ai pu voir l’aboutissement du travail réalisé au TuNantes par l’équipe de Clément Pascaud, avant qu’elle ne parte au théâtre de Poche à Hédé-Bazouges. La première ayant lieu dans ce théâtre. Ce que j’ai vu fut alors très proche de la forme finale du spectacle proposé du 1er au 4 Février à Nantes. Après avoir parlé de l’originalité du positionnement de Clément, je m’intéresse au travail sur la scénographie. Elle provoque l’imaginaire du spectateur et, pour reprendre ce qu’en dit Clément Pascaud, elle a pour but de le placer au cœur de ce qui se passe sur la scène. Le travail sur la lumière de Thierry Mathieu vient juste concentrer le regard là où la psychologie des personnages se déploie. Pour laisser la langue de Lagarce mettre en place son drame, il y a la volonté d’opérer par touches successives et élégantes. La lumière créant ainsi des espaces mentaux.

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© Compagnie Le point du soir

Le travail sur la musique est lui aussi fait avec délicatesse. Il faut dire que Jonathan Seilman réalise déjà un travail très beau, que j’avais pu constater au festival Midi-minuit poésie lors de la carte blanche que Jet fm lui avait offerte ainsi qu’à sa compagne, assistante à la mise en scène pour cette pièce. Le musicien vient poser la musique avec élégance et sans alourdir l’enjeu dramatique. Elle est une porte d’accès et accompagne le spectateur dans l’histoire de Louis, Antoine, Suzanne, Catherine et la mère.

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© Compagnie Le point du soir

 

Il m’apparaît après avoir vu la générale que cette mise en scène est une prise de risque. Proposer un regard aussi frontal sur la pièce de Jean Luc Lagarce peut être déconcertant. Il y a dans la position de Clément Pascaud une confiance infinie à l’auteur, aux jeux des comédiens et finalement au théâtre. Un metteur en scène faisant confiance au théâtre offre déjà un parti pris et quoi qu’on pense du résultat, on peut être certain de son attachement à la scène.

Juste la fin du monde, un regard sincère (1)

Clément Pascaud monte cette saison une pièce déjà très connue du monde théâtral: Juste la fin du monde. Il y a eu beaucoup de mise en scène de la dernière et donc quasi testamentaire pièce de Jean-Luc Lagarce. Dorénavant, elle est connue en dehors des frontières du théâtre, avec l’adaptation pour le cinéma de Xavier Dolan, sortie en septembre 2016.Ne l’ayant pas vu, Je ne ferais donc pas de rapprochement entre ce film et le spectacle de Clément. Pour sa première mise en scène, Clément Pascaud prend le risque de rajouter une pierre à l’édifice du monument Lagarce, faisant finalement table rase de toutes les adaptations, proposant un travail subtil et purement théâtral. C’est ce dont je me suis aperçu quand je suis venu voir les répétitions de vendredi et samedi dernier.

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Manuel Garcie-Kilian ©Cie Le point du soir

Après avoir eu cette opportunité avec Tanguy Malik Bordage, je me retrouve à nouveau dans le rôle de témoin d’une création. Mais ici, tout diffère de Projet Loup des steppes. J’ai cette impression d’assister à un travail plus théâtral. Ce n’est absolument pas péjoratif ni pour Tanguy, ni pour cette pièce. Il est même très intéressant de voir la différence entre ces deux créations. Tandis que Tanguy voulait transcender le théâtre, Clément veut le travailler avec précision et minutie. Comme un travail d’orfèvre, agissant sur les détails. Lors de la répétition, l’entendant parler avec son équipe, je m’aperçois de deux choses : tout d’abord il semble prendre beaucoup de plaisir à travailler le théâtre ainsi, puis il souhaite respecter la pièce et la langue de Lagarce. La scénographie va à l’essentiel mais n’est pas pour autant minimaliste, car elle laisse ce qui se joue envahir le plateau. Au service de la pièce, Clément Pascaud souhaite mettre en avant les comédiens puisque selon lui « cette pièce construit de très beaux portraits d’acteurs ». On comprend ainsi que la direction d’acteur est primordiale. D’ailleurs, Clément a choisi un panel de comédiens très hétéroclites. Dans le rôle de Louis nous avons Manuel Garcie-Kilian, Rémi Creissels dans celui d’Antoine, Sandrine Jacquemont joue Catherine et Mathilde Monjanel est Suzanne tandis que la mère est jouée par Catherine Riaux. Le choix de ces comédiens n’est pas anodin. Chacun d’entre eux possède une présence scénique très différente, avec leur particularité de comédien se rattachant à la psychologie du personnage interprétée.

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Rémi Creissels et Mathilde Monjanel ©Cie Le point du soir

L’originalité de cette mise en scène, je l’ai ressentie lors des répétitions, dans cette approche très frontale du théâtre et du texte de Jean-Luc Lagarce. Tout comme Projet Loup des steppes mais d’une manière différente, Clément Pascaud veut faire entendre le propos en se servant du théâtre comme médium ultime. La démarche part d’une sincérité pour lui-même et donc pour le spectateur en vue de s’emparer de la scène. La sincérité comme moteur artistique ? Ce serait une idée intéressante, peut-être plus transgressive qu’elle en a l’air.