Archives pour la catégorie Hybris

Et Hybris se déploya

Je suis allé voir la première représentation du spectacle Hybris avec beaucoup d’impatience et de curiosité. Je ne pouvais imaginer à quel point voir ce spectacle allait me procurer tant de plaisirs. Aux répétitions, je n’avais vu que quelques scènes en cours de conception. Même pendant le filage, je m’étais obligé à ne pas en voir l’intégralité, comme pour tous les autres spectacles suivi sur mon blog.

Vanille Fiaux © Bastien Capela

Il y eu durant cette représentation le plaisir de voir ces morceaux s’assembler en une composition puissante, possédant nombre de qualités : celle du jeu de Vanille Fiaux et de Manuel Garcie-Kilian, celle du texte et de son déploiement sur scène ou encore la symbiose avec la musique de Seilman Bellinsky. Avec ce spectacle, Vanille et Manuel nous parlent poétiquement (dans son sens littéraire et non qualitatif) du débordement amoureux. Le spectacle révèle l’aspect intemporel de la passion. Il y a dans Hybris une douce brutalité à montrer l’amour fou dans sa déraison et nous emporter à travers l’espace imaginaire de la scène.

Manuel Garcie-Kilian © Bastien Capela

On ne peut pas décrire Hybris comme spectacle romantique. Il n’use pas du canevas traditionnel lorsque l’on parle du sentiment amoureux. Il le décrit tel qu’il est, insaisissable et inépuisable. Étant le premier à penser que cette thématique est désuète, j’ai ressenti alors le plaisir d’être démenti. L’amour est encore un sujet pour le théâtre surtout quand on dépasse le cliché mièvre qui lui retire toute sa violence. Hybris nous rappelle que l’amour est violent, pouvant autant stimuler que détruire.

© Bastien Capela
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Hybris, la musique apparaît

Quand j’arrive au TU-Nantes, les murs du théâtre tremble, on a plus l’impression qu’il s’agit d’une salle de concert rock et c’est tant mieux. Le théâtre ne doit jamais être ce que l’on attend de lui. Je rentre dans la salle et j’assiste à une répétition qui a surtout pour but de caler les séquences musicales du spectacle Hybris. La présence des musiciens, c’est-à-dire du groupe Seilman Bellinsky apporte une toute autre dimension à la création de Vanille Fiaux et de Manuel Garcie-Kilian. Déjà, les répétitions précédentes m’avaient laissé une impression d’une nouveauté tranchante avec ce qui s’est fait auparavant sur cette thématique amoureuse.

© Mélissa Huart

Au-delà de l’apport musical, la mise en scène semble s’être précisée, bien qu’il manque les effets de lumière, Vincent Chretien le régisseur qui s’en occupe n’étant pas présent. Ce que je trouve assez inédit, c’est qu’il n’y a finalement que des auteurs-interprètes sur scène : Vanille et Manuel avec leur propre texte et Seilman Bellinsky avec sa propre musique. C’est inédit en ce sens que toutes les personnes sur le plateau y reproduisent leurs travaux, sans qu’il y ait de chef d’orchestre ou d’auteur principal. Hybris m’apparaît de plus en plus comme une composition plus qu’un spectacle de théâtre traditionnel. C’est un théâtre où l’interprète a écrit ce qu’il dit mais décide aussi de ses mouvements sur scène.

© Chamo

Durant cet après-midi, on refait, on recale la même scène  pendant plusieurs heures. Tout le monde doit être à l’aise dans son domaine. Comme si on cherchait l’alchimie pour créer une symbiose entre musique et texte. Encore une fois il y a travail de précision devenant de plus en plus exigeant au vue de l’échéance de la première représentation. De voir toujours la même scène pourrait me paraître lassant. Au contraire, j’y satisfais ma curiosité en voyant cette mécanique minutieuse qui se réfléchit sans cesse pour arriver à une forme finale. J’aime à penser que de toute façon, il n’y en aura jamais tant l’exigence et les réflexions apportent du nouveau  sur scène.

Suivi de création : Hybris, variation nouvelles sur l’amour.

En cette rentrée 2018, je vais suivre la création du spectacle Hybris écrit, mis en scène et interprété par Vanille Fiaux et Manuel Garcie-Kilian avec la collaboration de Jonathan Seilman en tant que créateur son/lumière et compositeur musical, petite équipe de trois personnes que j’ai déjà rencontrée lors de la conception de Juste la fin du monde de Clément Pascaud (Manuel en tant qu’interprète, Vanille en tant qu’assistante à la mise en scène et Jonathan en créateur son).Au cours des répétitions, je me suis rendu compte de plusieurs points communs avec le premier spectacle de Clément Pascaud.

© Mélissa Huart

Ce dont je m’aperçois le mardi 9 Janvier, c’est cette envie de précision dans le travail mené. Vanille et Manuel s’attaquent le plus souvent à des détails qui pour un spectateur lambda pourraient paraître dérisoire, mais qui pour ces artistes revêtent une importance particulière. Par exemple cette après-midi, ils réfléchissent à l’entrée du public dans la salle et ainsi dans leur univers. « Il ne faut pas que quand le spectateur rentre, il se sente coupable de faire du bruit » dit-on lors des discussions. Il y a une envie de prendre en considération les spectateurs dans la mise en scène, pour ne pas leur mentir et ne pas consolider le fameux quatrième mur.

Le mercredi soir, j’assiste à la lecture de Vanille et de Manuel au café Les bien-aimés. Ce n’est pas Hybris qui y est lu mais un texte écrit uniquement par Manuel. Je retrouve beaucoup d’Hybris dans ce texte. Tous les deux sont des variations autour de l’amour. Il n’est pas question d’aborder cette thématique à la manière vieillissante du romantisme. Vanille et Manuel semblent réinventer une toute autre façon de traiter théâtralement les relations amoureuses en y gardant du lyrisme. Il n’y a pas d’apitoiements ni de pleurs évidents, plutôt un recul nécessaire pour aborder un sujet commun à tous.

Vanille Fiaux et Manuel Garcie-Kilian, lors de la répétition du jeudi après midi.

Le jeudi après-midi la petite équipe de trois s’agrandit avec Vincent qui s’occupera de la régie lumière. Ce jour, ils effectuent un filage pour voir l’aspect global du travail. Comme à mon habitude, je me contrains à ne pas tout suivre pour garder la surprise lors de la première représentation publique. Il me reste de cette journée l’impression forte de radicalité esthétique. Les éléments scénographiques et la lumière tranchent encore une fois avec le lyrisme. La scénographie semble ôter toute forme de romantisme à cette variation sur le sentiment amoureux.

Les deux points communs avec le travail de Clément Pascaud sont donc le travail de précision dans la mise en scène mais aussi la radicalité esthétique. Elle n’est pas identique à celle de Clément Pascaud qui avait désarçonné certains spectateurs. Elle est le résultat de l’aspect nouveau d’une création menée de bout en bout par Vanille et Manuel assistés de Jonathan. Il y a une démarche d’auteur dans cette création et cela me rappelle le cinéma, notamment celui de la nouvelle vague où la place de l’auteur était quasiment sacrée. D’autres éléments d’Hybris me rappellent la nouvelle vague mais j’aurais l’occasion de préciser mon impression lors d’autres répétitions.