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Le 24 Mai, Hamlet le vrai continua

Le 24 Mai dernier, je suis allé toute l’après-midi assister aux répétitions avant la restitution publique de Hamlet le vrai. Je n’ai pas pu être témoin de cette création autant que je le souhaitais. Je n’ai assisté qu’à une seule répétition à Bel-Air. Mais cette après-midi était finalement le moment idéal pour bien saisir la douce folie de ce projet mené par Yves Arcaix : réunir 11 comédiens, 3 musiciens et 2 techniciens. Toute l’équipe, ce jour, était présente. Une effervescence était palpable. La chaleur baignait cette excitation pour mieux en faire ressortir l’énergie.

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Alessandro Maria Torboli et Tanguy Malik Bordage

J’ai donc pu voir le dernier filage avant la restitution finale. Ce que j’y ai vu était bien évidemment en adéquation avec ce que j’en imaginais dans le premier article. Bien plus encore, tous les personnages ont leur propre folie interne.À part le vieux Hamlet qui évolue un temps sur la scène avec sa chaise roulante électrique tel un zombie. Alessandro Maria Torboli trouve le ton juste pour le montrer comme un vieil homme malade et désabusé par la décadence que subit le royaume du Danemark. Mais ici pas de pathos, c’est une tragi-comédie, dont chaque moment grave est contrebalancé par un effet comique et burlesque. Comme après la mort du roi, scène qui est visuellement glaçante par la simplicité de ces effets. Puis Claudius, interprété par Dominique Delavigne, s’empare du fauteuil roulant et se déplace avec beaucoup plus de nervosité, tel un chauffard ayant pris le symbole du roi vieillissant pour en faire un bolide, nouveau jouet d’un nouveau roi

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Sophie Merceron

Je ne vais pas dévoiler tous les éléments de cette création, dans l’espoir de continuer à en suivre la progression puisque il doit y en avoir une (à bon entendeur…). Signalons aussi le jeu très juste de Sophie Merceron dans le rôle de Gertrude, dont on voit l’évolution de femme du vieux roi puis de celle de Claudius. La folie s’installe peu à peu, une sorte de relâchement bourgeois et décadent, faisant valser les coupes de champagnes. Ce qui me permet de réaffirmer que tous les personnages possèdent en eux une folie bien spécifique. Même Ophélie, interprété par Marie Charles, dont on sent une démence sur le point de la saisir tandis que Hamlet la répudie puis tue son père Polonius. L’impassible conseiller du roi est interprété par Hervé Guilloteau. Le jeu de Marie Charles restitue toute l’extrême sensibilité du personnage. On imagine puisque la restitution s’arrête juste après l’assassinat de Polonius son père, l’arrivée de cette démence.

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Marie Charles

Ce qui donne d’autant plus envie de voir la suite. Comment ce rythme soutenu va continuer à persister pour emmener jusqu’au final qui, si l’on n’a pas lu le livre de Gérard Mordillat, surprendra celui qui ne connaît que le Hamlet de Shakespeare. On s’imagine d’ailleurs en voyant la proposition théâtrale d’Yves Arcaix, qu’elle est plus proche des représentations du temps de Shakespeare, plutôt que des représentations solennel qu’on a l’habitude de voir. En mettant en scène ce Proto-Hamlet, Yves Arcaix redonne vie à un Hamlet, qui ne serait pas figé dans une posture poussiéreuse et permet un élan théâtral libre et généreux. Cette proposition n’est pas destiné à faire comprendre Shakespeare pour les plus novices, ni à effrayer les fervents défenseurs du dramaturge Anglais, bien que tout cela soit inévitable.

 

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Hamlet le vrai, répétition du jeudi 11 Mai

Je continue mon travail de suivi de création avec le projet Hamlet le vrai. C’est Yves Arcaix qui met en scène ce Proto-Hamlet retrouvé par Gérard Mordillat. Dans un livre publié en 2016, celui-ci raconte la folle aventure de ce rouleau où l’on retrouve la pièce écrite par Thomas Kyd, adaptée par Shakespeare avant qu’il n’écrive sa propre version. La découverte a été faite par un professeur excentrique nommé Mortimer-Smith, qui périt dans l’incendie de son manoir. Gérard Mordillat nous offre ainsi une version totalement inédite et surtout épurée, n’étant que la trame du futur chef d’œuvre du barde. Cette pièce est de plus une tragi-comédie, mêlant un humour transgressif au tragique de la destinée des personnages.

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Je retrouve le metteur en scène, dans l’étrange studio Bel Air, ancien théâtre à l’italienne qui tombe en décrépitude. Yves s’est entouré pour cette création d’une équipe redoutable. Je retrouve alors des gens croisés dans mes articles précédents, notamment ce jour, Tanguy Malik Bordage qui joue Hamlet et Jonathan Seilman qui fera l’accompagnement musical du spectacle avec deux autres musiciens. Quand j’arrive, Yves me prévient que ce spectacle sera très épuré et sobre. Ce qui se démentira durant l’après-midi puisque j’assiste finalement à des répétitions de scènes assez folles. Entre Tanguy qui joue les crooners, ne pouvant d’ailleurs pas s’empêcher de glisser vers un flow de rappeur, ou une pantomime très burlesque voire cartoonesque (pour adulte) représentant cette fameuse scène du spectacle dans le spectacle et aussi un professeur Strudel (professeur d’Hamlet et Horacio à Winterberg) parlant avec de multiples accents étrangers. L’ambiance est très décontractée, tout le monde semble heureux de se retrouver dans cette aventure.

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Ce que j’ai vu du spectacle est finalement l’aspect le plus burlesque, avec des scènes spécifiquement décalées. Mais à la lecture du livre de Gérard Mordillat, j’ai pu m’apercevoir que la pièce a un rythme soutenu, enchaînant les péripéties du prince Hamlet sans cet aspect très grave et solennel de certaines adaptations de l’œuvre. Je n’ai vu qu’une répétition mais je peux déjà me faire une idée assez représentative de ce qui va être proposé le 24 Mai à la Fabrique Chantenay. Une pièce efficace, un Hamlet simplifié et dynamique avec un accompagnement musical. Je vais continuer les prochaines semaines en étant dans l’impatience de découvrir le travail final, espérant que la restitution de cette création ne soit qu’un commencement.