Archives pour la catégorie Suivis de créations

Création du Jardin : un nouveau monde de théâtre

Pour la reprise de mes suivis de créations, je suis de retour dans le théâtre bel air, étonnant théâtre rococo construit au XIXe siècle, qui tombe depuis en désuétude mais qui est tout de même utilisé par les metteurs en scènes et comédiens pour répéter. J’avais pu découvrir ce lieu en assistant à une répétition de la création de Hamlet le vrai, avec une mise en scène d’Yves Arcaix. Je suis toujours aussi surpris d’être dans un tel endroit au cœur du centre-ville de Nantes. Mais concentrons-nous sur la création de la pièce Le jardin de Zinnie Harris, inédite en France. Mise en scène par Jean-Marie Lorvellec, elle est interprétée par deux comédien-ne-s, ici  Marie-Laure Crochant et Jérémy Colas.

Jérémy Colas et Marie-Laure Crochant durant le filage
Jérémy Colas et Marie-Laure Crochant durant le filage

On semble aujourd’hui se pencher plus particulièrement sur la scénographie. D’ailleurs Lise Mazeaud, scénographe de la création, est présente pour assister à un « filage » de la première scène. Marie-Laure et Jérémy donne vie à un texte dont j’avais déjà pu entendre une lecture par les mêmes comédiens un an auparavant. Mais ici,  par le jeu tout devient plus vivant, plus intense. La pièce et les mots de Zinnie Harris prennent une toute autre dimension. Quelques choses de l’ordre de la folie fait son apparition dans cet appartement. Bien sûr ce à quoi j’assiste est une ébauche de travail mais me fait constater de l’évolution qu’il y a eu entre la lecture sobre à la mise en jeu. L’espace semble être fait pour contenir ou plutôt ceinturer cette folie. Il faut savoir que dans la pièce, une chaleur étouffante saisit les personnages.

Marie-Laure Crochant et Jérémy Colas

Après ce « filage », tout le monde se retrouve autour de la table pour discuter. La scénographe donne son avis sur le travail accompli. C’est une atmosphère plus studieuse sans être totalement étriquée que je découvre. Tout le monde semble être au service de la pièce et de sa bonne compréhension. D’ailleurs, Jean-Marie Lorvellec me prévient que les mots de Zinnie Harris seront rigoureusement respectés, ce qui sera d’ailleurs le moyen de modeler la mise en scène. Il y a dans cette discussion, à laquelle je participe modestement, une recherche de subtilité. On s’interroge sur la notion du vrai et du faux, vaste thème dans le théâtre. C’est une répétition différente des autres et je sens à nouveau que cette année va se déployer tout un nouveau monde de théâtre.

discussion jardin bel air
Jean-Marie Lorvellec, Lise Mazeaud, Jérémy Colas et Marie-Laure Crochant
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Et Hybris se déploya

Je suis allé voir la première représentation du spectacle Hybris avec beaucoup d’impatience et de curiosité. Je ne pouvais imaginer à quel point voir ce spectacle allait me procurer tant de plaisirs. Aux répétitions, je n’avais vu que quelques scènes en cours de conception. Même pendant le filage, je m’étais obligé à ne pas en voir l’intégralité, comme pour tous les autres spectacles suivi sur mon blog.

Vanille Fiaux © Bastien Capela

Il y eu durant cette représentation le plaisir de voir ces morceaux s’assembler en une composition puissante, possédant nombre de qualités : celle du jeu de Vanille Fiaux et de Manuel Garcie-Kilian, celle du texte et de son déploiement sur scène ou encore la symbiose avec la musique de Seilman Bellinsky. Avec ce spectacle, Vanille et Manuel nous parlent poétiquement (dans son sens littéraire et non qualitatif) du débordement amoureux. Le spectacle révèle l’aspect intemporel de la passion. Il y a dans Hybris une douce brutalité à montrer l’amour fou dans sa déraison et nous emporter à travers l’espace imaginaire de la scène.

Manuel Garcie-Kilian © Bastien Capela

On ne peut pas décrire Hybris comme spectacle romantique. Il n’use pas du canevas traditionnel lorsque l’on parle du sentiment amoureux. Il le décrit tel qu’il est, insaisissable et inépuisable. Étant le premier à penser que cette thématique est désuète, j’ai ressenti alors le plaisir d’être démenti. L’amour est encore un sujet pour le théâtre surtout quand on dépasse le cliché mièvre qui lui retire toute sa violence. Hybris nous rappelle que l’amour est violent, pouvant autant stimuler que détruire.

© Bastien Capela

Hybris, la musique apparaît

Quand j’arrive au TU-Nantes, les murs du théâtre tremble, on a plus l’impression qu’il s’agit d’une salle de concert rock et c’est tant mieux. Le théâtre ne doit jamais être ce que l’on attend de lui. Je rentre dans la salle et j’assiste à une répétition qui a surtout pour but de caler les séquences musicales du spectacle Hybris. La présence des musiciens, c’est-à-dire du groupe Seilman Bellinsky apporte une toute autre dimension à la création de Vanille Fiaux et de Manuel Garcie-Kilian. Déjà, les répétitions précédentes m’avaient laissé une impression d’une nouveauté tranchante avec ce qui s’est fait auparavant sur cette thématique amoureuse.

© Mélissa Huart

Au-delà de l’apport musical, la mise en scène semble s’être précisée, bien qu’il manque les effets de lumière, Vincent Chretien le régisseur qui s’en occupe n’étant pas présent. Ce que je trouve assez inédit, c’est qu’il n’y a finalement que des auteurs-interprètes sur scène : Vanille et Manuel avec leur propre texte et Seilman Bellinsky avec sa propre musique. C’est inédit en ce sens que toutes les personnes sur le plateau y reproduisent leurs travaux, sans qu’il y ait de chef d’orchestre ou d’auteur principal. Hybris m’apparaît de plus en plus comme une composition plus qu’un spectacle de théâtre traditionnel. C’est un théâtre où l’interprète a écrit ce qu’il dit mais décide aussi de ses mouvements sur scène.

© Chamo

Durant cet après-midi, on refait, on recale la même scène  pendant plusieurs heures. Tout le monde doit être à l’aise dans son domaine. Comme si on cherchait l’alchimie pour créer une symbiose entre musique et texte. Encore une fois il y a travail de précision devenant de plus en plus exigeant au vue de l’échéance de la première représentation. De voir toujours la même scène pourrait me paraître lassant. Au contraire, j’y satisfais ma curiosité en voyant cette mécanique minutieuse qui se réfléchit sans cesse pour arriver à une forme finale. J’aime à penser que de toute façon, il n’y en aura jamais tant l’exigence et les réflexions apportent du nouveau  sur scène.

Suivi de création : Hybris, variation nouvelles sur l’amour.

En cette rentrée 2018, je vais suivre la création du spectacle Hybris écrit, mis en scène et interprété par Vanille Fiaux et Manuel Garcie-Kilian avec la collaboration de Jonathan Seilman en tant que créateur son/lumière et compositeur musical, petite équipe de trois personnes que j’ai déjà rencontrée lors de la conception de Juste la fin du monde de Clément Pascaud (Manuel en tant qu’interprète, Vanille en tant qu’assistante à la mise en scène et Jonathan en créateur son).Au cours des répétitions, je me suis rendu compte de plusieurs points communs avec le premier spectacle de Clément Pascaud.

© Mélissa Huart

Ce dont je m’aperçois le mardi 9 Janvier, c’est cette envie de précision dans le travail mené. Vanille et Manuel s’attaquent le plus souvent à des détails qui pour un spectateur lambda pourraient paraître dérisoire, mais qui pour ces artistes revêtent une importance particulière. Par exemple cette après-midi, ils réfléchissent à l’entrée du public dans la salle et ainsi dans leur univers. « Il ne faut pas que quand le spectateur rentre, il se sente coupable de faire du bruit » dit-on lors des discussions. Il y a une envie de prendre en considération les spectateurs dans la mise en scène, pour ne pas leur mentir et ne pas consolider le fameux quatrième mur.

Le mercredi soir, j’assiste à la lecture de Vanille et de Manuel au café Les bien-aimés. Ce n’est pas Hybris qui y est lu mais un texte écrit uniquement par Manuel. Je retrouve beaucoup d’Hybris dans ce texte. Tous les deux sont des variations autour de l’amour. Il n’est pas question d’aborder cette thématique à la manière vieillissante du romantisme. Vanille et Manuel semblent réinventer une toute autre façon de traiter théâtralement les relations amoureuses en y gardant du lyrisme. Il n’y a pas d’apitoiements ni de pleurs évidents, plutôt un recul nécessaire pour aborder un sujet commun à tous.

Vanille Fiaux et Manuel Garcie-Kilian, lors de la répétition du jeudi après midi.

Le jeudi après-midi la petite équipe de trois s’agrandit avec Vincent qui s’occupera de la régie lumière. Ce jour, ils effectuent un filage pour voir l’aspect global du travail. Comme à mon habitude, je me contrains à ne pas tout suivre pour garder la surprise lors de la première représentation publique. Il me reste de cette journée l’impression forte de radicalité esthétique. Les éléments scénographiques et la lumière tranchent encore une fois avec le lyrisme. La scénographie semble ôter toute forme de romantisme à cette variation sur le sentiment amoureux.

Les deux points communs avec le travail de Clément Pascaud sont donc le travail de précision dans la mise en scène mais aussi la radicalité esthétique. Elle n’est pas identique à celle de Clément Pascaud qui avait désarçonné certains spectateurs. Elle est le résultat de l’aspect nouveau d’une création menée de bout en bout par Vanille et Manuel assistés de Jonathan. Il y a une démarche d’auteur dans cette création et cela me rappelle le cinéma, notamment celui de la nouvelle vague où la place de l’auteur était quasiment sacrée. D’autres éléments d’Hybris me rappellent la nouvelle vague mais j’aurais l’occasion de préciser mon impression lors d’autres répétitions.

Après la foudre, comment montrer la violence sur scène (suivi de création)

Quand Méli m’a proposé de suivre son projet Après la foudre, c’était une opportunité de découvrir comment une jeune artiste s’empare pour la première fois de la scène. J’ai trouvé intéressant que le projet traite des violences conjugales car au-delà d’être un sujet de société,  c’est un sujet intime, toujours trop partagé par de nombreuses victimes. Placer cette intimité dans un espace commun tel un plateau de théâtre crée le lien entre spectateurs et comédiens.

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De gauche à droite: Maxime Devige (paul), Marion Parpirolles (Léa) et Yannick Hachet (L’ex)

Quand j’arrive au 38, rue du Breil, je retrouve des personnes que je connais  mais ne les ai jamais vues évoluer dans une création. Durant ce mardi après-midi, j’aperçois plusieurs choses. Mélissa Leray  parait mettre en scène en apprenant à le faire. Pourtant, c’est avec assurance qu’elle le fait, appuyant sur la nuance des sentiments développés par les personnages. C’est l’enjeu des comédiens : Maxime Devige, Marion Parpirolles  et Yannick Hachet doivent interpréter les personnages tout en les comprenant. En dépassant la prudence que les premiers pas incitent à avoir, ils vont avec justesse vers une assimilation de leur personnage. Ce n’est pas une incarnation, plus un élan de compréhension.

Je percevrais plus tard la difficulté de ce travail, liée au thème abordé. C’est justement la mise en scène de l’intimité qui apporte le recul sur cette violence. Dès l’écriture d’Après la foudre, on saisit avec le regard de Paul, ce qu’a subi Léa par l’utilisation de flashback. Ainsi, il n’est pas question de montrer brutalement cette violence même si elle reste présente sur scène.

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Yannick Hachet (L’ex) et Marion Parpirolles (Léa)

Je vais comprendre et être surpris par la qualité du travail effectué le vendredi soir lors d’un filage. Après la foudre est déjà un vrai spectacle incorporant de la vidéo et du son, notamment une interview.  Déjà l’écriture de la pièce permettait une avancée mais la mise en scène et les efforts des comédiens offrent au projet l’étoffe d’un spectacle populaire. J’utilise ce terme puisque la créatrice du projet est attachée à cela. Tout est mis en place pour que l’on considère ce thème avec intelligence. Méli m’a dit qu’elle n’envisageait pas autrement le traitement de cette histoire.

Ces moments passés avec l’équipe d’Après la foudre me font à nouveau réaliser que Le théâtre est le lieu politique où autant le spectateur que l’artiste de théâtre considèrent la société. Même s’il s’agit d’un problème masqué par les murs d’un foyer, la scène le dévoile pour y être sensibilisé et pour le comprendre.

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Yannick Hachet (L’ex) et Marion Parpirolles (Léa)

Facing the world, en dehors du spectacle.

Vendredi dernier, quand je rentre dans la salle du TU Nantes, j’aperçois tous les artistes  en train d’écouter Aurélie Mazzeo et Marie Thiberge expliquant la journée de travail en Anglais, langue que je ne maîtrise pas. J’arrive juste à comprendre le moment où Aurélie parle de ma présence. Il y a 17 personnes au total  pour Facing the world : venant de Bucarest et de Cluj en Roumanie, de Dijon et de Nantes. Je considère l’ampleur du projet que m’avait détaillé Aurélie dans son interview.

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L’ambiance est détendue, causée par la fatigue générale après la résidence en Roumanie et celle qui se termine au TU Nantes.  Chacun à leur manière, les artistes reprennent contact  avec la scène.  Il y a le sanctuaire au milieu, des chaises sur les côtés pour se ressourcer. Au fond des écrits et autres matériaux pour l’improvisation sont accrochés au mur. Il y a également un rond de lumière que les artistes vont bientôt célébrer tel  un soleil divin.

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Vient un autre temps, tous écrivent et dessinent sur les consignes des deux metteurs en scènes.  Je sens qu’ici s’établit comme une mini-collectivité, une société  ayant ses propres codes, ses règles, en dehors du temps quotidien. Dans et par le théâtre, on forge ce que va être l’improvisation. On établit des zones de confort. Aurélie brandit une banderole sur laquelle est inscrit  « Fail Again ».  Tout est réfléchi pour permettre de se sentir libre et le plus à l’aise possible lors de la représentation.

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Facing the world est comme une utopie consciente de l’être. Dans le temps et le lieu de la création, les artistes reconstruisent leurs capacités à penser et à créer. Sur la thématique du devenir adulte, ils s’emparent du théâtre comme étant un autre temps en dehors de l’ordinaire, pour travailler ensemble et construire une performance. En venant voir cette répétition (qui n’en est pas vraiment une), je m’aperçois que Facing the world est composé à 90% de travaux partagés et de 10% de temps de représentations. Je m’interroge sur ce que je vais voir le samedi soir : Comment apprécier ce spectacle sans connaître l’activité menée en amont ?

Interview d’Aurélie Mazzeo pour Facing the world

Facing the world photo Cyril Duc
© cyril duc

 

Ce vendredi après midi, j’ai interviewé Aurélie Mazzeo de la compagnie Je reste qui présentera le samedi 28 Octobre un spectacle intitulé Facing the world. Ce projet qui date de 2015, je vais suivre ces derniers pas vers le plateau un du TUNantes. Aurélie nous parle ici de la genèse du projet.

photographies: Cyril Duc.