Portrait d’une sirène de Pauline Peyrade

J’avais envie de découvrir l’écriture de Pauline Peyrade, devinant que s’y jouait un rapport au contemporain très intéressant. Cette jeune dramaturge a intégré la section écriture dramatique de l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) en 2012. Il m’a toujours semblé que la génération d’écrivain-e-s, que ce soit de théâtre ou de roman, se formant à leurs pratiques en étude supérieure représentait un réel enjeu positif pour l’approche du travail d’écriture. Cela ne produit pas moins de diversités littéraires. Les exemples ne manquent pas et il suffit de chercher d’où provient la majorité des auteurs et autrices des premiers romans de la rentrée littéraire pour s’en rendre compte.

Au-delà de ce constat, les titres des pièces de Pauline Peyrade m’apparaissaient comme de délicates énigmes : CTRL-X (suivi de Bois impérieux) en 2016 et Poings en 2017 (tous deux paru aux éditions Les solitaires intempestifs).  Portrait d’une sirène n’a pas fait exception dans mon intérêt pour aller déchiffrer ce qui s’y joue. Dans ce livre, nous avons trois contes : Princesse de pierre, Rouge dents et Carrosse. Ces contes sont autant de portraits de femmes qui résistent à la cruauté du monde. Dans chaque début de textes, l’autrice présente un personnage féminin avec l’étymologie de son prénom. Nous avons donc Eloïse, étym. germanique : combattante, Gwladys étym. celte : la richesse puis Morgane étym. bretonne né-e-s de la mer. Trois contes, trois femmes, trois figures qui vont reprendre en elles la force des violences subies.

Ces femmes sont confrontées à toute sorte de pression sociale : le harcèlement scolaire dans Princesse de pierre, l’objetisation dans Rouge dents et la condition d’une mère célibataire dans Carrosse. Il y a un rapport très frontal à la cruauté dans la proposition de Pauline Peyrade. La lecture ne laisse pas indifférent et entraîne des heurts entre l’imaginaire des contes et la réalité telle qu’on se la représente. Ce sont des contes qui sont à priori bien loin de la réalité. Pourtant chaque histoire fait écho à une représentation collective de la violence que subissent les femmes au quotidien. Si le lecteur masculin ignore ces réalités, il est loin de comprendre la proposition de Pauline Peyrade et il est temps pour lui de faire un travail de considération.

Le Portrait d’une sirène est celui des femmes trouvant de nouveaux moyens de résistances dans l’imaginaire théâtral. Les femmes que décrit Pauline Peyrade produisent une nouvelle quête de férocité et vont bousculer les carcans qui les oppressent. Comme si le théâtre, dans l’ensemble des œuvres écrites à ce jour, trouvait dans ces trois contes les figures féminines capables de renverser la domination masculine qui s’y exerce. L’imaginaire lui aussi a besoin d’être remodelé à l’aune des inégalités de nos sociétés.

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