Architecture de Pascal Rambert

Après avoir lu les deux dernières publications de Pascal Rambert, Reconstitution et Sœurs, je pensais avoir saisi son style. Architecture est venu me contredire et m’a embarqué dans une grande logorrhée autour de la montée des populismes au XXème siècle. Pascal Rambert montre dans sa pièce une famille aisée de l’intelligentsia européenne. Des prémices de la première guerre mondiale jusqu’au début de la seconde, on suit le délitement de ces êtres désœuvrés sur qui règne la figure patriarcale : Jacques, architecte et père. Chaque personnage vit la lente désillusion de la modernité et explose comme une fusée sur sa base de lancement.

Je ne m’attendais pas à lire un texte tel que celui-ci de la part de Pascal Rambert. J’étais habitué à l’efficacité verbale des dialogues et à la fluidité de l’histoire. Ici, nous sommes dans un flot de mots que les personnages viennent déverser sur le plateau. Parfois les monologues et dialogues deviennent incohérents à l’image du cataclysme politique que l’on devine en arrière fond. La langue ne guérit pas dans Architecture. La grande force de cette pièce est de défaire le lecteur de toute illusion salvatrice. Les paroles nous conduisent vers plus de déchirures et de morts.

Ma lecture fut heurtée et j’ai réalisé à quel point Pascal Rambert était exigeant vis-à-vis du lecteur et du spectateur. Je n’ai pas encore vu sa mise en scène mais cela ne m’empêche pas de saisir l’aspect brut de la scénographie. L’absence de ponctuation et d’indications est comme l’apparente neutralité de la scénographie. Architecture donne l’impression d’être plus un corps mort se plaçant dans l’imaginaire du lecteur. C’est toute la puissance évocatrice qui fait le travail. J’ai bien sûr entendu les retours sur ce spectacle qui a fait l’ouverture du festival d’Avignon. De mon point de vue de lecteur, je n’ai été ni surpris ni en accord avec ce que j’ai pu lire.

Je découvre à nouveau ce rapport étrange qu’entretiennent le lecteur et le spectateur. Sûrement mon avis aurait été différent si j’avais vu la mise en scène. Pascal Rambert connait la puissance évocatrice du langage mais aussi l’absence de rédemption que l’on peut y trouver. La langue ne produit une réaction qu’à la réception que chacun s’en fait. Il n’y a pas de dialogue sans être vivant ni de peuple sans partage. L’avertissement que lance Architecture à l’oreille de son lecteur/spectateur  en invoquant des fantômes familiers est là pour l’on réagisse. Peu importe si c’est négatif ou positif, ce cri résonnera encore longtemps.   

Architecture de Pascal Rambert

Paru aux solitaires intempestifs le 20 juin 2019

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