Le temps, une exigence du spectacle vis à vis de son spectateur

Puisque le spectateur l’est pour le spectacle, celui-ci peut aussi être exigeant vis-à-vis du public. On peut le remarquer à travers le temps qu’il nous fait ressentir. Avec Les lettres de non-motivations adapté par Vincent Thomasset (Cie Laars & Co) et surtout avec She was dancing de Valeria Giuga de la Cie Labkine, on retrouve ce principe de transformation d’un temps en une structure close où le spectacle est un geste répétitif aboutissant à une logique propre.

Les lettres de non-motivations ©Patrick Berger

Pour Les lettres de non-motivations, il s’agit plus d’un processus répétitif dû à l’adaptation même du livre de Julien Prévieux. Ne l’ayant pas lu, j’ai tout d’abord découvert par quel moyen ces lettres de non-motivations fonctionnaient. Répondant par la négative aux offres d’emplois repérées dans les journaux, on y voit ainsi toute l’esthétique du marché de l’emploi faite d’un langage abscons et d’une idée réduite des capacités humaines. Mais au fur et à mesure, j’ai ressentis une lassitude à cause de la répétition de l’acte : une offre d’emploi, une lettre de non-motivation, une réponse de l’employeur et ainsi de suite. Au lieu de me bloquer sur cette lassitude, j’ai préféré concevoir que le temps du spectacle n’est pas forcement linéaire, n’amenant pas d’un point à un autre, mais étant la démonstration d’une performance.

She was dancing © Nikolaz le Coq

C’est différent pour She was dancing, court spectacle de 50 minutes, qui par un jeu de répétition allonge la durée perçue. Adaptant un texte de Gertrude Stein sur la danseuse Isadora Duncan, Valeria Giuga met en œuvre la décomposition d’un mouvement, poussée à son paroxysme. Après un solo de batterie, Jean-Michel Espitallier que l’on connait comme poète-performeur (et comme batteur) va marteler le texte pour en marquer le tempo. Les danseurs, à chaque seconde, à chaque mot, vont déployer un geste. On voit ici à quel point le temps est altéré. Le spectateur reçoit les secondes une par une au lieu d’être bercé de manière illusoire dans une durée subjective. La force de cette proposition réside à la fois dans l’effort d’acceptation du spectateur puisque celui-ci va se rendre compte qu’il est finalement dans une boucle : la fin de la performance étant aussi son début.

She was dancing © Nikolaz Le Coq

Pour moi, il semble crucial d’accepter que le spectacle déstructure la perception du temps. Cela permet de ne pas refuser, de ne pas se bloquer systématiquement face à telle proposition qui peut paraitre longue et ennuyeuse. Le théâtre est le lieu où le temps n’est pas celui du quotidien, il peut rallonger les minutes comme il peut en un geste tout raccourcir.

Les lettres de non-motivations et She was Dancing furent présentés au TuNantes.

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